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THEO TOBIASSE

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Théo Tobiasse (1927 – 2012)

Artiste majeur de l’École de Paris contemporaine, Théo Tobiasse (né Tobias Eidesas) a développé une œuvre monumentale, humaniste et flamboyante. Peintre, graveur, sculpteur et poète de la matière, il a créé un univers visuel immédiatement reconnaissable où s’entremêlent la mémoire douloureuse de l'exil, la ferveur des récits bibliques, l'érotisme de la figure féminine et la poésie des mots.

 

Né en 1927 à Jaffa au sein d’une famille juive lituanienne en quête d'une terre d'accueil, le jeune Théo passe les premières années de sa vie dans un climat d'instabilité. En 1931, la famille décide de s'installer à Paris, ville des lumières et des arts. C'est dans la capitale française qu'il grandit et s'imprègne de la culture européenne.

La tragédie de la Seconde Guerre mondiale vient briser cette trajectoire. Suite aux rafles de l'Occupation nazie, Théo Tobiasse et sa famille sont contraints de vivre cachés. Pendant deux longues années de claustration absolue au cœur de Paris, le jeune homme trompe l'angoisse et la faim en dessinant de manière frénétique. Cette expérience traumatique de l'enfermement et de la menace permanente forge son destin : le dessin et la création artistique s'imposent à lui non pas comme un loisir, mais comme une nécessité vitale, une arme de survie psychologique et spirituelle.

 

À la Libération, poussé par des nécessités financières, Théo Tobiasse met ses compétences graphiques au service du commerce et de la mode. Pendant près de quinze ans, il travaille comme graphiste publicitaire et conçoit les vitrines de prestigieuses maisons de luxe parisiennes. Cette période, bien que commerciale, lui permet de parfaire sa maîtrise de la composition, de la mise en scène et du lettrage — un élément textuel qui deviendra plus tard une signature forte de son art pictural.

Le tournant décisif a lieu en 1960. Ses premières toiles, présentées lors d'expositions régionales, captent immédiatement l'attention de la critique et des collectionneurs. En 1961, il remporte le prestigieux Prix de la Jeune Peinture Méditerranéenne, suivi du Prix Dorothy-Gould en 1962. Fort de ces succès, il décide de rompre définitivement avec le graphisme commercial pour se consacrer exclusivement à son œuvre. Il quitte Paris pour s'installer sur la Côte d'Azur, d'abord à Nice puis à Saint-Paul-de-Vence, une terre de lumière qui va libérer sa palette.

 

Inclassable, le style de Théo Tobiasse fusionne la puissance émotionnelle de l'expressionnisme avec l'onirisme narratif du surréalisme. Tobiasse est un véritable alchimiste de la couleur et de la texture. Il superpose les couches de pigments, mélange l’huile à des médiums denses, frotte, gratte la peinture fraîche et incorpore des poèmes ou des incantations écrits à la main directement sur la toile ou dans les marges de ses gravures.

Son œuvre est habitée par une iconographie personnelle extrêmement riche et codée, nourrie par ses souvenirs d’enfance et sa culture judéo-chrétienne :

Les samovars, les trains et les bateaux à vapeur : Symboles universels de l'errance, de la fuite et du déracinement de sa famille à travers l'Europe de l'Est.

La figure féminine : Représentée à la fois comme l'amante charnelle, la muse indomptable et la mère protectrice. Les femmes de Tobiasse débordent souvent du cadre, généreuses et sacrées.

Les thèmes bibliques et les villes-mémoires : Jérusalem, New York et Paris reviennent comme des décors théâtraux où se jouent les drames et les joies de l'humanité, souvent hantés par les rois et les prophètes de l'Ancien Testament.

 

Dès les années 1970, la carrière de Tobiasse prend une dimension planétaire. Il multiplie les voyages, notamment à New York, qui lui inspire une série d'œuvres monumentales sur la verticalité des gratte-ciels et le bouillonnement urbain. Grand expérimentateur, il refuse de se cantonner à la toile et décline son univers sur de multiples supports : céramiques, vitraux d'églises et de synagogues, lithographies originales et imposantes sculptures en bronze ou en résine (comme sa sculpture de six mètres de haut "L'enfant fou"inaugurée à Nice). Il est également l'un des rares artistes à avoir magnifié la technique de la gravure au carborundum (procédé d'Henri Goetz), qui permet de donner aux œuvres sur papier un relief et une matérialité exceptionnels.

Théo Tobiasse s'est éteint en 2012 à Cagnes-sur-Mer, laissant derrière lui une œuvre monumentale, célébrée par les institutions culturelles les plus respectées.

 

La reconnaissance institutionnelle de Théo Tobiasse est internationale. Ses tableaux, sculptures et œuvres graphiques font aujourd'hui partie des collections permanentes de nombreux musées et fondations à travers le monde :

Musée Picasso / Musée du Bastion (Antibes, France)

Musée d'Art Moderne et d'Art Contemporain - MAMAC (Nice, France)

Musée d'Art Juif (Paris, France)

Musée de la Typographie (Lyon, France)

Musée de l'Athénée (Genève, Suisse)

The Israel Museum (Jérusalem, Israël)

Tel Aviv Museum of Art (Tel Aviv, Israël)

Simon Wiesenthal Center (Los Angeles, États-Unis)

Lowe Art Museum (Coral Gables, Floride, États-Unis)

Musée d'Art Contemporain de Taipei (Taipei, Taïwan)

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